MÉMOIRE, IDENTITÉ ET ENVIRONNEMENT NUMÉRIQUE.

marioncarlier

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La mémoire est une activité biologique et cérébrale permettant de conserver et de restituer des connaissances, des sensations. C’est aussi un processus social qui nous permet de nous souvenir de certaines informations et de les partager dans un groupe social. Aujourd’hui, ce processus est bouleversé avec l’arrivée du numérique.

Le multimédia influence notre mémoire et tente de bouleverser notre rapport au savoir ou à la transmission de celui-ci. Ces deux données sont au coeur de notre culture. En effet, l’humanité a pu progresser et s’enrichir grâce aux partages de connaissances via la création de communautés. Cette transmission s’est faite par l’intermédiaire de différents supports que ce soient les tablettes de pierre chez les Sumériens, les papyrus égyptiens, les livres sur tissu, sur papier, l’imprimerie et par la suite les supports capables de mémoriser les sons et les images, fixes puis animées. Ces différents supports servaient de véhicule à la mémoire individuelle (enregistrement de données et de faits personnels : archives personnelles, souvenirs intimes, textes autobiographiques, etc). Aujourd’hui avec Internet, la biographie ou le vécu des internautes restent au coeur des enjeux de représentation identitaire. L’internaute se construit progressivement grâce aux datas qu’il laisse sur internet. Il existe à partir de rien, et se créé à partir de toutes les pièces rapportées qu’il laisse dans le numérique.
Internet capture les données, qu’elles soient visuelles, auditives ou textuelles, sous la forme de 0 et de 1. Il les stocke sur des supports fragiles, dépendant d’appareils très complexes et peu résistants aux effets du temps. Internet est considéré comme un méta-medium grâce à tous les médias qu’il englobe. Il est capable de tout enregistrer, que ce soient des documents, des papiers, des photographies, des factures des mails, des déplacements (signes GPS).
Ces informations tiennent dans un téléphone et sur des plateformes encore plus petites tels que des cartes SD ou des clées USB, et enregistrent de manière automatique ce que l’internaute fait.

Toutes ces données sont conservées sur des serveurs distants et accessibles à tous moments et depuis n’importe quel outil connecté. Cette démarche d’externalisation de la mémoire est appelée « mémoire transactive ». Pour autant, l’internaute ne sera jamais, exclusivement et intégralement, propriétaire de l’exhaustivité de ses données même s’il a la possibilité de les récupérer.
Les formes de mémoires semblent donc menacées par la révolution numérique. Aux regards de leur fragilité, il semble très difficile de maîtriser ce flux permanent. De plus, la notoriété d’une identité n’existe que si nos données sont activées, par nous-mêmes ou via la consultation d’autres internautes. Cette situation interroge notre identité et l’intérêt de nos traces sur le web. Elles perdent en importance si tous les critères de consultation ne sont pas remplis. En effet, l’internaute acquiert de la visibilité. Son identité sera valorisée via les likes et les commentaires de ses followers. Cette action entraînera donc également de la visibilité pour l’internaute. Sans ces éléments clefs, l’internaute reste invisible sur les fils des différents réseaux sociaux et sur internet.

Cette technologie soulève encore d’autres interrogations. Internet standardise en effet nos profils et rend difficile pour les internautes d’exprimer leur singularité. Le numérique change donc notre façon d’être perçu et de nous percevoir. Il influence notre imagevia le regard et l’usage qu’en font les internautes à travers des formats de logiciels / web. Quels sont les rapports d’influences que le multimédia entretient avec l’identité de chaque internaute ?

Afin de répondre à ces problématiques, nous étudierons la place qu’occupe la mémoire individuelle dans l’espace numérique. Nous reviendrons sur la question de la mémoire individuelle, sur la forme d’excès qu’elle engendre ainsi que son conditionnement numérique. La deuxième partie approfondira la relation entre l’identité et l’expérience numérique et nous montrera comment il est possible d’enrichir la création mémorial par le biais d’expérience plus originale que celle des réseaux sociaux et qui permettront d’utiliser toutes ces traces pour arriver à une expérience numérique. Nous présenterons un projet pratique qui prolongera et amplifiera ces expériences visant à permettre à l’internaute de détenir une représentation plus sincère, plus approfondie et plus singulière de son identité. L’objet sera de questionner et de confronter l’internaute à ses données et à ses propres traces.

 

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